En attendant le petit bonhomme vert

Je rentre du marché. Il faut traverser une route. Petit bonhomme rouge. Il n’y a personne. Je passe. Il faut noter que très souvent, je me sens idiote car je reste de longues secondes dans cette situation, incapable de traverser à cause du bonhomme rouge. Avec personne qui passe. J’aurais eu le temps de passer 3 fois. 4 fois. 5 fois…

Au moment où j’arrive de l’autre côté, une femme me sermonne :

« Vous devez attendre que le petit bonhomme soit vert pour traverser quand-même !!!

Moi, (amusée) : – Oui, enfin, madame, il n’y avait personne !

Elle, (sèchement) : – Et bah c’est pas grave ! On attend quand-même ! »

De la réticence à la pensée critique

Je crois que ce qui me fait me sentir seule n’est pas la solitude réelle, subie de l’absence d’un autre. Je reprends conscience de ce sentiment assez régulièrement.

C’est avant tout une solitude ressentie, de voir cette personne en face de moi, et de ne pas pouvoir la rencontrer.

Je sens une grande inhibition à parler de soi, comme si le fait de s’ouvrir revenait à se rendre vulnérable. Je comprends évidemment l’idée que la confiance de quelqu’un se gagne et qu’un individu ne va pas déballer toute sa vie sous mes yeux ébahis. Ce que je ressens, c’est qu’il y a une barrière de plus en plus haute à franchir et qui ne laisse plus rien filtrer de soi. L’ego prend tant de place qu’il devient extrêmement difficile de s’adresser à un autre de façon personnelle. Cela va même jusqu’à une difficulté à connaitre ses goûts, ses opinions, que celui-ci va montrer une réticence au débat, ou, pour le dire plus simplement, une réticence à penser par lui-même. (Même si l’expression « penser par soi-même » peut-être interrogée).

Mon plaisir de la discussion est rarement satisfait dans le sens où je sens que les personnes que je rencontre refusent tout simplement de s’aventurer dans des conversations improvisées, pire, que toute tentative d’intellectualisation sera vécue comme une agression personnelle. Ainsi, une information dite avec une certaine véhémence pourra être interprétée comme une agression à l’encontre de son interlocuteur. Le messager confondu avec le message.

Il est vrai que certains sujets me passionnent et, de ce fait, je ne peux pas en parler avec distance ou détachement. Mais je comprends aussi que cette propension que j’ai à parler des choses avec autant d’émotions m’écarte des autres. Je passe pour une nana un peu folle. Quoi qu’il en soit, je sens qu’il y aurait beaucoup de sujets dont je n’ose pas parler sur internet, parce que lorsque j’essaie d’en parler autour de moi, j’ai très rarement un échange satisfaisant (dans le sens du débat). Je me heurte juste à de la fermeture. Et cela me fait plus de mal qu’autre-chose.

D’autre part, je me rends compte que mes études de sociologie m’ont énormément aidée à former mon esprit critique, mais qu’aujourd’hui, je me retrouve bien seule lorsque j’essaie de l’utiliser.

Analyser et débattre, ça n’est pas faire du troll, ça n’est pas faire du clash, ça n’est pas non plus déverser sa haine, ça n’est pas cibler une personne en particulier dans le but de la démonter. C’est juste s’interroger sur ce qui nous entoure, sur ce que l’on consomme, ce que l’on nous montre, sur les divers supports que l’on peut nous proposer sur Internet par exemple. S’interroger sur ce que cela dit de nous, de nos peurs-entre autres choses- c’est prendre la température, prendre un peu de recul, l’espace d’un instant.

Bisous !